Olga

samedi 8 juillet 2017
par  Brigitte Écobichon

Elle chantait en Russe et en Nostalgie « Les yeux noirs » et sa belle voix chaude résonnait dans les couloirs de l’EHPAD. Elle parlait de son Ukraine natale à laquelle elle avait été arrachée par les soldats allemands pour être conduite dans un camp de travail près de Stuttgart. Elle avait 17 ans…

Olga était seule et elle ressassait sa vie où la petite et la grande Histoire avaient tissé son destin. Maintenant elle dépérissait, là, à l’EHPAD refusant farouchement de s’intégrer dans ce lieu qui lui avait été imposé juste après une hospitalisation. Son cœur flanchait. Les médecins étaient inquiets.

Nous étions les seules, Francine et moi, qui lui rendions visite et qu’elle acceptait.
Elle désirait mourir à chaque réveil, à chaque déclin du jour tout en déclarant vouloir se laisser pousser les cheveux pour retrouver son chignon d’autrefois ! (Elle détestait ses cheveux courts, coupés par commodité). Et ça prend du temps aux cheveux courts pour rejoindre les épaules !

Les visites se sont succédé plusieurs mois durant.

À mon arrivée je la trouvais geignant au fond de son lit puis elle causait, riait, se redressait sur le bord du lit, chantait, pleurait, lançait une bordée de vertes injures à l’encontre de sa fille, du personnel de l’établissement, de Sarkozy ou des haricots en boîte du déjeuner ! Elle évoquait inlassablement les épisodes de sa vie mouvementée commencée là-bas dans la vieille Russie. Elle avait traversé révolution et guerre, fêtes et deuils avec la volonté entêtée de résister. Souvent nous chantions ensemble... Quand je lui disais que j’allais partir, elle me répondait invariablement « alors vous reviendrez. »

Non, nous n’avons pu la persuader de rejoindre gentiment les autres résidents.
Non, nous n’avons jamais pu l’entraîner au soleil, sous les grands arbres.

Mais nous étions là.

Elle nous attendait.

Olga est morte dans une chambre blanche et nue de l’hôpital. Seule. Mais il y avait ce gros bouquet touffu de roses roses ramené la veille de mon jardin. Peut-être son regard s’est-il accroché à ces fleurs, image sensible de notre présence fraternelle.

Témoignage de Brigitte

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